Sylvie Goulard : « Nous n’avons pas fait l’Europe correctement »

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Députée européenne au sein de l‘Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), Sylvie Goulard dresse le portrait d’une Europe qui peine à s’unir dans son livre Goodbye Europe, publié aux éditions Flammarion. Preuve en est, le 23 juin dernier, le peuple britannique votait à 51,9 % pour la sortie de leur pays de l’UE. Signe que l’Union européenne est sur le déclin ? Pas encore, d’après l’élue. Entretien.

Que signifie la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ?

Le Brexit n’est pas une bonne nouvelle. Le Royaume-Uni, de par son histoire, son attachement à la démocratie, est important. Ce que je constate et regrette, en revanche, c’est le nombre de concessions faites par Bruxelles à la Grande-Bretagne. Depuis le premier discours de David Cameron en janvier 2013 sur la sortie de l’Europe, nos dirigeants se sont contentés de répondre aux quatre demandes du Premier ministre britannique à la va-vite. Et elles sont multiples : sur l’euro, la justice, les réfugiés, l’espace Schengen.

La sortie de la Grande-Bretagne pourrait-elle provoquer un “effet domino” un peu partout en Europe ?

Tout dépendra de la réponse des dirigeants européens. Nous ne sommes pas passés loin il y a quelques temps avec la Grèce. Avec l’actualité, l’Europe se doit d’être unie. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord concernant les réfugiés qui arrivent dans les Balkans et en Italie. Certains pays ferment leurs frontières, d’autres (l’Allemagne) choisissent la politique de l’accueil… La position est différente pour chaque pays européen. D’autre part, l’Union européenne se doit d’être forte, économiquement parlant, pour faire face aux géants que sont la Chine et les Etats-Unis. Pour autant, je ne suis pas pour une Europe plus petite en ne gardant que les pays “forts”. Il faut réussir à faire entrer tous les pays dans un projet commun : construire une Union européenne forte. Sachant qu’un grand nombre de pays ne suffit pas si les structures politiques ne suivent pas derrière.

Les échecs de l’Union européenne ont-ils favorisé la montée des extrêmes ?

Il est clair qu’il y a des choses à changer. La volonté du peuple britannique de sortir de l’Union est symptomatique. De plus, dans toute l’Europe, les partis eurosceptiques, comme en France, en Pologne ou en Hongrie, gagnent de plus en plus de voix. Ces partis surfent en effet sur le fait que les pays ne seraient plus maîtres à 100 % de leurs choix politiques et que tout est dicté à Bruxelles. Alors, ils se recentrent sur les débats souverainistes. C’est quelque chose qu’il faut casser afin de se recentrer sur les vrais défis.

Que faire pour sauver l’Europe ?

Il faut définir une réelle coopération ente les pays de l’Union. On l’a vu récemment avec les attentats de Paris, les services secrets belges n’avaient pas transmis les informations sur les auteurs à la police française. Il faut créer une politique migratoire commune avec une police européenne. Ainsi, nous pourrons lutter ensemble contre les criminels, les terroristes et les trafiquants. Il y a un certain nombre de carences à combler, et beaucoup de travail pour y parvenir.

 

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