David Cormand : « La COP21 a montré que les écologistes étaient majoritaires sur les constats »

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Plusieurs mois après le succès de l’Accord de Paris, David Cormand, secrétaire national d’Europe Écologie – Les Verts, attend toujours que les États passent du discours aux actes. Entretien.

La conférence de Paris a été l’occasion d’un discours fort réunissant les états autour de l’enjeu climatique : quel constat dresseriez-vous entre paroles et actes à l’approche de la COP22 à Marrakech ?

La COP21 a montré que les écologistes étaient majoritaires sur les constats. Aujourd’hui, personne ne nie la réalité et le danger du changement climatique. À Paris, les États du monde ont solennellement décidé qu’il fallait le limiter.

Malheureusement, ils n’ont pas tracé le chemin pour y parvenir. L’Accord de Paris est un grand pas en avant dans les négociations internationales, mais un petit pas dans la lutte contre le changement climatique, parce que maintenant, il faut se donner les moyens de tenir cet engagement.

Et si les ratifications s’accélèrent, l’absence de mise en cohérence et en action des politiques publiques nous inquiète.

La politique actuellement menée par François Hollande est-elle écolo-compatible, d’après vous ?

Justement non, et c’est pour cela que nous avons décidé de ne pas retourner au gouvernement en 2014. Malgré les grands discours prononcés lors de la COP21, à Paris, on attend toujours les actes.

Tant d’engagements ne seront pas tenus : Fessenheim ne sera pas fermée, la réduction du nucléaire est votée mais pas engagée. L’abandon de la taxe poids-lourds, l’augmentation de la TVA pour les transports en commun, l’affaiblissement du rail sont d’autres renoncements sur l’écologie.

Enfin, il y a les grands projets, aéroports, autoroutes, centres commerciaux, que le gouvernement encourage ou autorise partout en France. Comment peut-on se revendiquer de l’Accord de Paris sur le climat et faire construire l’aéroport de Notre-Dame des Landes ?

Qu’en est-il de l’Europe ? Sur quels projets vos députés européens travaillent-ils actuellement ?

Les écologistes sont européens car on ne protège pas la nature et le climat cloîtré derrière des frontières. Mais le projet européen est en danger. Les élites européennes qui, au lendemain d’une crise financière inouïe, se sont arc-boutées sur les politiques d’austérité ont perdu la confiance des citoyens. Ces politiques ont fait beaucoup de mal alors même que la finance casino a retrouvé son rythme d’avant crise. L’Europe n’investit pas dans les secteurs d’avenir qui pourtant peuvent créer emplois et bien-être.

C’est pourquoi les eurodéputés écologistes se mobilisent pour une transformation radicale du projet européen. Pour la souveraineté des citoyens en organisant la résistance aux traités commerciaux TAFTA et CETA qui inscriraient la supériorité des multinationales sur nos décisions collectives. Pour la justice fiscale et pour une protection des lanceurs d’alertes qui ont pris tant de risques pour l’intérêt général. Plus généralement pour que l’Europe relance massivement l’économie à travers la transition écologique et la solidarité.

EELV a fait sa rentrée avec pour maître-mot « réinventer le parti » : quelles seront les lignes directrices de votre projet ?

Nous voulons mettre le mouvement écologiste entre les mains de toutes celles ceux qui se sentent écologistes. Les partis du 20e siècle sont à bout de souffle. La confiance est rompue entre citoyens et politiques. La faute à trop de promesses trahies. Aujourd’hui, chacun fait de la politique dans les associations, dans les entreprises, dans ses choix de consommation, mais très peu dans les partis.

La réinvention, c’est donner à toutes ces formes d’engagement leur pleine place au sein du mouvement qui mène la bataille dans les institutions. Chacun, quelque soit sont temps et ses ressources, doit pouvoir prendre part aux décisions les plus importantes. C’est l’esprit de la Primaire de l’écologie et pour la première fois dans l’histoire politique française d’un véritable espace de co-construction du projet présidentiel. Eva Joly a très bien résumé d’une formule : « Venez, vous êtes chez vous ».

De nombreuses entreprises choisissent désormais de développer leurs activités d’une manière plus « verte » : pensez-vous que cette tendance témoigne d’un réel engagement  ?

Il faut distinguer la communication, qui cache parfois des pratiques douteuses, de ce que mettent en œuvre de plus en plus d’entreprises.

Et quand une entreprise le fait, c’est évidemment un engagement réel. Regarder ce que peut faire l’entreprise Pocheco, qui fabrique des enveloppes, rendue célèbre par le film Demain : en réutilisant ou réemployant tout ses déchets, en filtrant l’eau de pluie, en récupérant les chutes de papier, elle gagne de l’argent. C’est un superbe exemple.

De plus en plus d’entreprises s’engagent sur cette voie parce qu’elle réalise que c’est bon pour les affaires. Cet engagement va se généraliser et se renforcer dans les années qui viennent.

Ce qu’il est convenu d’appeler « le marché de la transition énergétique » a maintes fois été présenté comme un facteur de développement de l’emploi : est-ce que les investisseurs et l’appareil de production vous semblent prendre en compte cette réalité ou bien n’est-ce qu’un argument dépassant peu la sphère politique ?

Il nous semble que cette prise en compte existe, mais différemment d’un pays à l’autre en Europe. En France, les investisseurs, ce sont des grands groupes : EDF, Total, ou Engie (ex-GDF-Suez). Eux n’ont pas intérêt, à court-terme, à la transition. Ce sont donc des particuliers et des petits investisseurs qui se lancent dans les énergies renouvelables, via des PME ou des associations.

Enercoop, qui fournit de l’énergie renouvelable, est une entreprise qui continue à croître et à créer des emplois ! Le cluster éolien de Bourgogne créé des emplois, en fabriquant des éoliennes. Il y a des entreprises qui font chaque jour la démonstration que le renouvelable créé de l’emploi.

Quel(s) combat(s) allez-vous mener concernant le développement des énergies renouvelables en France et en Europe ?

Le cas de la France est particulier, puisque notre pays continue à investir massivement dans l’énergie nucléaire, et à perte, puisque la technologie EPR est un fiasco.

Il faut réorienter les investissements des énergies fossiles et du nucléaire vers les énergies renouvelables. Cela suppose qu’il y ait une stabilité fiscale et une stabilité des prix. Tout l’inverse des allers et retours de l’État sous la présidence Sarkozy, puis de François Hollande, qui ont tué dans l’œuf la montée en puissance d’une filière photovoltaïque. Idem avec la fragilisation de Alstom qui a cédé sa branche énergie à Général Electric et qui connaît des difficultés en France sur sa filière transport collectif, et l’abandon par AREVA de sa filière éolienne off-shore

Nous proposons aussi de mettre enfin une vraie contribution climat-énergie, qui fasse payer le coût réel des énergies fossiles. Aujourd’hui, c’est la société tout entière qui paie les conséquences des pollutions. En faisant payer la pollution à ceux qui la produise, on encourage les énergies propres, et on les rend plus accessibles.

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