Chaque jour, Eau de Paris prélève, transporte, traite et distribue en moyenne 500 000 mètres cubes d’eau potable à près de 3 millions d’usagers. Une mission à 360° qui en fait l’interlocuteur privilégié des Parisiens sur la question. Entretien avec Célia Blauel, Directrice générale chez Eau de Paris.

Depuis 2010, la Ville de Paris a fait le choix de revenir à une gestion publique de l’eau. Pourquoi avoir remunicipalisé la ressource ?

Eau de Paris a été créée en 2010 sur des convictions fortes. Les élus parisiens ont fait le choix de promouvoir la gestion de l’eau, bien commun, par une entreprise publique qui oeuvre dans le souci de l’intérêt général. Conformément à son contrat d’objectifs, la régie gère de manière totalement intégrée l’ensemble des services de production et de distribution de l’eau sur l’ensemble du territoire parisien. L’entreprise a fait la preuve d’un modèle économique parfaitement viable, fondé sur une haute qualité de service, un prix de l’eau parfaitement maîtrisé, une stratégie d’investissement dynamique, une politique sociale active et une gouvernance replaçant l’usager au coeur du service public. En tant qu’opérateur de la ville de Paris, elle est un acteur impliqué dans la transition écologique des territoires, que ce soit en matière de services urbains innovants (Energie renouvelable, Eau non potable, Nature en ville…) ou de partenariats avec les collectivités et les agriculteurs, sur les aires de captages et le long des aqueducs (protection de la ressource, préservation de la biodiversité…).

Eau de Paris a lancé un plan stratégique pluriannuel 2016- 2020 visant à poursuivre et renforcer ses actions de protection des ressources en eau. Pourriez-vous en dire plus ?

Puisant ses ressources en eau potable dans la Marne et la Seine (47 %) et dans les eaux souterraines (53 %), Eau de Paris est présente dans cinq régions et onze départements, où elle intervient sur 240 000 hectares d’aires d’alimentation de captage. Pour garantir à ses usagers une eau de qualité et préserver un patrimoine naturel fragile, Eau de Paris s’est engagée depuis plusieurs années dans une démarche active de protection de la ressource en eau et de la biodiversité.

Eau de Paris accompagne en particulier les agriculteurs vers des pratiques qui sont à la fois durables pour l’exploitation, adaptées au territoire et favorables à la préservation de la ressource. Plus de 10 000 hectares ont ainsi été engagés dans des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), et de premiers effets bénéfiques sur la qualité de l’eau ont été constatés. Le conseil d’administration d’Eau de Paris vient d’ailleurs d’adopter une stratégie de protection de la ressource, sur la période 2016-2020, qui conforte les actions menées et s’inscrit dans les engagements du gouvernement en matière d’agro-écologie, de préservation de la santé et de l’environnement. Il fixe quatre objectifs ambitieux à l’horizon 2020 :

  • l’augmentation de 67 % des surfaces cultivées en bio ;
  • l’augmentation de 60 % des cultures durables ;
  • l’acquisition de 200 hectares supplémentaires pour protéger la ressource ;
  • la poursuite de la réduction des concentrations en nitrates et des détections de pesticides.

Célia Blauel / © Patrick Sordoillet

Dans la continuité de la Charte Paris Action Climat signée en octobre 2014, vous avez également lancé un plan d’action climat énergie 2015-2020. Quels en sont les objectifs ?

La COP21 a amené une prise de conscience de l’importance d’atténuer les effets du changement climatique tout en s’y adaptant : Eau de Paris s’est complètement imprégnée de cette responsabilité avec l’adoption de son plan d’action climat énergie le 6 novembre 2015. Déjà très avancée, puisque avec 90 g équivalent en CO2 émis par mètre cube d’eau consommé, Eau de Paris émet 30 % de moins de gaz à effet de serre que les autres opérateurs franciliens. A l’horizon 2020, nous souhaitons encore réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 15 %, consommer 95 % d’énergies renouvelables pour notre process industriel et réduire la consommation énergétique de 12 % en évitant l’émission de 4 500 tonnes de CO2 par an. Production de notre propre énergie, rénovation des bâtiments, utilisation de l’eau non potable et optimisation des déplacements sont autant d’initiatives visant à réduire l’impact des activités d’Eau de Paris.

Vous avez installé près de 4 115 mètres carrés sur vos différentes installations de panneaux photovoltaïques. Quelles économies en attendez-vous ?

Eau de Paris utilise en effet ces installations pour produire une énergie renouvelable (géothermie, hydroélectricité, photovoltaïque, récupération des calories du réseau d’eau non potable etc…). Nous allons en particulier installer la plus grande centrale sur toiture à énergie solaire d’Île-de-France sur le réservoir de l’Haÿ-les-Roses, avec plus de 12 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques. A partir de 2018, elle produira 1 600 MWh par an directement réinjectés dans le réseau local, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 500 foyers (hors chauffage et eau chaude sanitaire). Cette installation permettra d’éviter l’émission de 4 500 Teq CO2/an.

Quelles seront les exigences de votre métier dans la métropole durable de demain ?

La Métropole du Grand Paris doit relever les enjeux du développement durable (espace de vie, espace économique, espace écologique), maintenir le débat démocratique avec les métropolitains (information, consultation des citoyens sans perdre en technostructures) et conforter les coopérations et solidarités avec le reste du territoire. Ces lignes de force sont en particulier applicables au domaine de l’eau, où les défis sont l’accès à l’eau pour tous, l’alimentation en toute circonstance de la métropole, l’adaptation au changement climatique (notamment par la gestion des débits de la Seine), la maîtrise de l’assainissement ainsi que la gestion des milieux aquatiques et la préservation de la biodiversité.

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