André Santini : « Nos métiers n’ont pas attendu la COP21 pour évoluer »

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Avec près de 750 000 mètres cubes distribués chaque jour, le SEDIF est le plus grand service public d’eau en France. Son président, André Santini, ancien ministre, député-maire d’Issy-les-Moulineaux et vice-président de la Métropole du Grand Paris, s’exprime sur les enjeux qui attendent les métiers de l’eau dans les prochaines années. Entretien.

L’eau étant le deuxième besoin vital après l’oxygène, pensez-vous que l’importance de cette ressource a suffisamment été prise en compte lors de la conférence de Paris? L’ère post COP21 va-t-elle amener des mutations profondes dans vos métiers ?

Le 12 décembre 2015, un accord historique a été trouvé à l’occasion de la COP21, dont le SEDIF était partenaire officiel pour l’alimentation sécurisée en eau du site, pour limiter le réchauffement global de la planète à 2°C. L’eau n’est finalement pas explicitement citée dans l’Accord, bien que la communauté internationale de l’eau ait agi jusqu’au dernier moment pour qu’elle trouve sa place dans un point du préambule de son annexe. Cela étant, plusieurs points figurant dans l’Accord de Paris vont permettre de faire avancer la cause de l’eau en lien avec la lutte contre le changement climatique : reconnaissance des Droits humains, Agenda post 2015, reconnaissance du rôle des acteurs locaux et régionaux, révision en 2020 des contributions nationales, importance des financements apportés aux projets d’adaptation.

Réjouissons-nous de voir les responsables politiques du monde entier s’emparer de la préservation de notre planète. Le SEDIF, pour sa part et à son niveau, en a mesuré les enjeux depuis toujours, avec notamment l’objectif permanent de limiter ses prélèvements sur la ressource, en évitant les pertes d’eau, en les restituant au milieu en meilleur état, d’améliorer ses process pour économiser l’énergie. Sa démarche de développement durable s’est intensifiée à partir de 2001. Par exemple, aujourd’hui le SEDIF est le premier service d’eau au monde totalement neutre en carbone.

Nos métiers changent, mais n’ont pas attendu la COP21 pour évoluer. Le service public de l’eau potable, s’est doté des outils, processus et pratiques opérationnelles qui servent l’environnement. C’est une véritable « culture environnementale » qui imprègne nos pratiques au quotidien.

André Santini / © CEDIF

A quels défis les métiers de l’eau vont-ils devoir faire face, d’après vous, dans les prochaines années ?

La gestion de l’eau comporte de nombreux enjeux, notamment au sein des grandes agglomérations mondiales, comme pour le SEDIF avec le Grand Paris, dans un contexte de forte urbanisation et de développement. Les infrastructures et les services publics doivent être à la hauteur des attentes toujours plus élevées de populations exigeantes, pour un coût maîtrisé.

Préservation de la ressource dans le contexte du changement climatique, qualité sanitaire de l’eau distribuée et satisfaction des attentes des consommateurs (calcaire, chlore), continuité du service et gestion de crise, gestion durable du patrimoine dont le réseau, ville numérique et smart water, modernisation de la relation clientèle, prise en compte des plus démunis, transparence et gouvernance… les services d’eau sont aujourd’hui confrontés à des problématiques en constante évolution, sous le regard vigilant de consommateurs éduqués. Face à ces défis, nous nous devons de rester innovants et d’apporter en permanence la meilleure réponse technique au meilleur coût.

Depuis 1986, le SEDIF subventionne des organisations de solidarité internationale de droit français qui, pour le compte de collectivités dans des pays en développement, réalisent des projets d’alimentation en eau potable. Sur lesquels travaillez-vous actuellement dans le monde ?

Les élus du SEDIF ont considéré comme un impératif moral de contribuer à l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans les pays émergents. Ils ont ainsi décidé qu’une part des recettes du SEDIF serait consacrée à ces actions de solidarité. La loi « Oudin-Santini », dont j’ai été le rapporteur, adoptée à l’unanimité par le Parlement français en 2005, a consacré cette initiative en permettant aux collectivités et établissements publics de financer des actions de solidarité internationale jusqu’à 1% des ressources de leurs services d’eau.
En 30 ans, le SEDIF a contribué pour 30 millions d’euros au financement de 251 opérations dans 22 pays d’Asie et d’Afrique francophones, exclusivement en partenariat avec des organisations non gouvernementales. 4,5 millions de personnes ont pu en bénéficier, soit le même nombre d’habitants desservis en eau potable sur le territoire du SEDIF, faisant ainsi de ce dernier le premier contributeur français concernant l’accès à l’eau dans le monde, hors l’Etat.

Aujourd’hui, pour chaque mètre cube d’eau vendu par le SEDIF, le prélèvement d’un centime d’euro par mètre cube permet de disposer de 2,4 millions d’euros pour financer des projets d’accès à l’eau. Cette contribution vitale pour les bénéficiaires ne représente environ qu’un euro par foyer et par an. En 2016, 17 projets auront été financés comme la création d’un réseau d’eau potable au Cameroun, la réhabilitation d’une unité de traitement et la création d’un réseau de distribution en Guinée, le développement d’un service d’eau communal à Madagascar, ou encore un projet d’accès à l’eau dans 2 communes d’Haïti.

Qu’en est-il du Club des grands services de l’eau ?

Le SEDIF mène une politique ambitieuse et responsable de modernisation et de fiabilisation de son patrimoine. Ainsi d’ici 2020, son XVe Plan d’investissements (2016-2020) sera-t-il caractérisé par une
intensification du rythme des opérations en maîtrise d’ouvrage publique, pour une enveloppe d’investissements de plus de 1 milliard d’euros sur les 5 ans.

Ce Plan place définitivement le service public de l’eau du SEDIF dans le 21e siècle, avec 4 objectifs majeurs :

  • le déploiement des technologies de pointe pour anticiper les attentes des consommateurs : vers une eau pure, sans calcaire et sans chlore, jusqu’au robinet,
  • un Plan responsable, protecteur des générations futures, par la gestion durable d’un patrimoine pérennisé et modernisé,
  • l’intégration de l’environnement et les économies d’énergie dans ses objectifs ainsi que sa réalisation,
  • l’accompagnant des projets du Grand Paris des transports, dans le respect des calendriers.

Les investissements réalisés permettront notamment d’améliorer les performances du réseau et de disposer d’un parc de stations de pompage et de réservoirs entièrement modernisé, ce qui contribuera à améliorer encore la sécurité d’alimentation. D’ici 2020, ce Plan permettra de créer ou de préserver plus de 3 500 emplois, dont 2000 en Ile-de-France, ce qui fait du SEDIF l’un des principaux acteurs publics du soutien à l’économie et à l’emploi au niveau régional.

Au-delà de son propre territoire, et dans le contexte de la création de la Métropole de Paris, le SEDIF promeut avec les autres grands services publics d’eau régionaux, dont la ville de Paris, une mutualisation industriellement intelligente et respectueuse des choix de gestion de chacun.

Les principaux enjeux en sont : renforcer encore la sécurité en cas de crise, par des infrastructures réellement collectives, gestion de la ressource et résilience au changement climatique, optimisation économique notamment de la production dans le contexte de baisse des consommations, aides aux plus démunis sur la totalité de la facture d’eau (eau, assainissement, taxes et redevances).

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